Allez voir ailleurs...

On peut s'abreuver de propos plus sérieux (et souvent encore plus longuets) à la Pompe à phynance de l'économiste Frédéric Lordon.

Ailleurs sur ce site...

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Lu dans la presse

Je me demandais, en écrivant le texte ci-contre, s'il était bien nécessaire de démonter longuement un dicton boursier que devrait regarder avec suspicion n'importe quel individu bénéficiant d'un niveau d'éducation convenable et d'un intellect en état de fonctionnement normal — c'est à dire la plupart des représentants des classes moyennes et supérieures, les prospects naturels du placement boursier. Coïncidence, le Figaro daté du même jour titrait en une : La déprime irrationnelle des Bourses mondiales. On pouvait lire en tête d'article :

La Bourse de Paris a perdu 43 % depuis le début de l'année [...] Les mauvaises nouvelles annoncées par de nombreuses entreprises industrielles, notamment les constructeurs automobiles, alimentent le pessimisme des investisseurs et provoquent parfois des mouvements de panique irrationnels.

Qu'y a-t-il d'irrationnel dans la décision de vendre à tout prix sur un marché qui s'effondre ? (Sauf peut-être le retard dans le passage à l'acte ?) Apparemment, les journalistes du Figaro — dont on ne peut supposer qu'ils soient illettrés ni cognitivement retardés — adhérent à la théorie du pas vendu, pas perdu. La baisse de neuf pour cent du CAC 40 survenue le vendredi précédent laisse cependant supposer qu'une frange influente de leur lectorat pense exactement l'inverse. Nous voilà rassurés sur la capacité du public à garder un esprit critique vis-à-vis des médias •

Courrier des lecteurs

Une petite question innocente d'un pas pro du tout : pourquoi est-ce que les graphiques sont sur une échelle logarithmique ? Les sommets sont aplatis et les creux deviennent crevasses. Le texte est selon moi suffisamment convaincant pour ne pas avoir à utiliser cet artifice. Peut être y a-t-il une autre raison, plus économico-mathématique. Comme je l'ai dit plus haut, je sais que je sais peu.

Très cordialement,
Christophe

C'est une excellente question, qui me fait regretter de ne pas l'avoir devancée dans une note en marge comme j'ai été tenté de le faire avant d'oublier.

L'échelle logarithmique est la présentation normale et honnête d'un cours de bourse. C'est l'échelle linéaire qui est un artifice trompeur. Pourquoi ? Parce que ce qui nous importe vraiment n'est pas le nombre de points gagnés ou perdus par un indice, ni la somme ajoutée ou retranchée au prix d'achat d'un lot d'actions (gagner cent euros sur mille euros c'est un beau résultat, gagner cent euros sur un million c'est médiocre). Ce qui nous intéresse c'est la proportion entre deux instants du cours. L'échelle logarithmique montre justement cela : si j'ai acheté à 5000 et vendu 1000 points plus haut, cela me rapporte moins que si j'ai acheté à 2000 et vendu seulement 500 points plus haut (6000 / 5000 = 1,2 soit +20 %, 2500 / 2000 = 1,25 soit +25 %).

Sur une échelle linéaire, les pics du CAC 40 seraient intuitivement surestimés. La ligne rouge représentant la progression d'un capital placé à trois pour cent s'incurverait vers le haut, ce qui pourrait induire le lecteur à croire que la performance du placement augmente (c'est le capital qui augmente... de trois pour cent par an, ni plus ni moins). Épargne, salaires, prix... Pour ne pas être ébloui par l'argent, il faut le regarder avec un œil logarithmique •

Pas vendu, pas perdu

Par Tancrède Bastié
26 octobre 2008

1. Un plat japonais fonctionnellement équivalent à la pizza.

Un déjeuner n'étant pas tout à fait réussi sans une bonne conversation, il faut prêter au choix de son invité presque autant d'attention qu'au choix du menu. En ces temps de crise bancaire mondiale et de récession menaçante, quoi de plus approprié qu'un plat économique pris en compagnie d'un jeune diplômé de cette science que l'on qualifie aussi d'économique ? Entre deux bouchées d'okonomiyaki1, mon spécialiste personnel de la titrisation et des transactions de gré à gré tente de mettre à ma portée les rouages les plus élémentaires du mouvement à grande complication qui bat le pouls de notre monde : le marché. D'après mon précepteur (appelons-le Maurice) : C'est le moment d'acheter. Beaucoup d'entreprises sont sous-évaluées. Ceux qui achètent des actions maintenant vont se gaver d'ici cinq ans. Cela me rassure un peu. À force d'entendre des propos catastrophistes partout, je commençais à produire de l'anxiété à un taux de retour sur investissement émotionnel exagérément attractif. Et Maurice ajoute : De toute façon, comme on dit : pas vendu, pas perdu.

Sous mes dehors de citadin délicat, soucieux de maintenir une façade de raffinement intellectuel, je dois avoir hérité de mes ancêtres paysans un caractère obtus, indécrottablement nigaud devant la complexité du monde contemporain, joint à une méfiance instinctive envers tout ce qui paraît trop beau pour être vrai (et qui bien souvent l'est). On pourrait m'objecter que je frise l'hypocrisie — ou au mieux l'étourderie — en attribuant à l'hérédité mes difficultés de compréhension envers la science économique, puisque les auteurs de mes jours s'honorent tous deux d'un titre universitaire certifiant leur compétence en ce domaine. Mais quoi ? Il y a des facultés qui sautent les générations, c'est bien connu. En l'occurrence, si le dicton boursier pas vendu, pas perdu résume commodément une évidence manifeste aux yeux d'un expert comme Maurice, il fait naître le doute chez le descendant d'une longue lignée de rustauds soupçonneux qui l'écoute. Est-ce la désinvolture de la formule ou sa construction rimée sur le modèle des adages d'antan ? Ou l'écho ainsi donné au fameux même pas mal des petits garçons braves et sanglotants ? En tout cas, il y quelque chose dans ce pas vendu, pas perdu qui gâte instantanément la douce musique du discours de l'économiste, comme le claquement de doigts tirant soudain le sujet somnambulique des profondeurs de l'hypnose.

Mais ne nous contentons pas de suivre aveuglément notre intuition, confrontons-la à des faits. Voyons ce que donne la méthode pas vendu, pas perdu appliquée au cours de bourse d'une valeur réelle :

Effondrement du cours de bourse de Lehman Brothers Holdings Inc
Application d'une stratégie de type pas vendu, pas perdu à un cours de bourse réel (Lehman Brothers Holdings Inc)

Ah... C'est pas de chance. Je choisis innocemment une valeur parmi tant d'autres, et je tombe par hasard sur une société en faillite... Cela nous donne au moins l'opportunité de constater que les déconvenues de ce genre existent. Vraisemblablement, tous ceux qui ont vendu leurs actions Lehman Brothers avant le mois de septembre 2008 sont soulagés d'avoir perdu avant l'effondrement du cours. (Ceux qui n'en avaient pas devraient se sentir encore plus soulagés, mais il est bien possible que cela ne leur vienne même pas à l'esprit.)

2. Un indice boursier est un indicateur statistique obtenu en combinant savamment un certain nombre de valeurs jugées représentatives du marché considéré. C'est un peu comme la mesure de l'inflation à partir d'un panier de biens de consommation, sauf que l'on n'entend jamais les investisseurs se plaindre de l'inflation des actions.

Pour ne pas se risquer à tirer de trop fragiles conclusions des cas particuliers jetés sur notre route par un hasard taquin, pourquoi ne pas considérer plutôt un indice2, et plus particulièrement l'indice vedette de la bourse de Paris, le CAC 40 ? En soi, le CAC 40 n'est pas une valeur, mais si l'on maintient un portefeuille de titres calqué sur sa composition fluctuante, on obtient à peu près les mêmes variations de fortune. Voici l'évolution du CAC 40 entre 1998 et 2008 :

Évolution du CAC40 de 1998 à 2008 et bulles de commentaires d'un petit porteur malchanceux
Exemple d'analyse technique réalisable par un investisseur spéculatif indépendant à fonds limités (couramment appelé : petit porteur)

Si vous avez acheté au plus brûlant de l'euphorie déclenchée par la nouvelle économie, en l'an 2000, et que, surpris par le retournement du marché, vous avez obstinément conservé votre investissement devenu déficitaire, à l'heure ou j'écris ceci, vous attendez encore que le marché remonte jusqu'à ces fichus 6500 points. Déjà huit ans ont passé, et le CAC 40 est retombé sous les 3500 points. Si tout espoir de réaliser un jour une belle plus-value n'est pas complètement perdu, reconnaissons que cette opération aura surtout été une admirable école de patience.

Mais peut-être avez-vous su saisir plus précocement votre chance de participer à la révolution de l'économie virtuelle, aux environs des 6000 points comme le suggèrent ces amusantes bulles de bande-dessinée qu'un petit sagouin a saupoudré sur mon graphique ? Si vous n'avez pas vendu lorsque l'enthousiasme du marché s'est dégonflé, vous n'avez pu récupérer votre mise qu'en 2007, après sept années d'improductivité forcée. À la condition, cependant, d'avoir effectivement saisi cette occasion tardive de vendre, et non attendu dans l'espoir de réaliser enfin une plus-value rondelette... Comment ? Ne me dites pas que vous n'avez pas... Si vous n'avez pas voulu vendre à ce moment, vous êtes dans la même situation qu'au paragraphe précédent : nul ne sait quand l'opportunité de vendre au dessus du prix d'achat — puisque vous semblez y tenir — se présentera. Laissez des consignes à vos héritiers par voie testamentaire, on ne sait jamais.

3. Euronext est la société qui gère les places boursières européennes. Depuis sa fusion avec son homologue américain, son siège social est... à New York.

Ou encore, vétéran du placement boursier, vous avez participé à la glorieuse ascension de 1999. Si vos ordres de vente se sont perdus dans les entrailles informatiques d'Euronext3 au moment funeste où le marché, tel un Icare cramé, repassait en piqué l'altitude à laquelle vous aviez acheté, vous n'avez eu à attendre que trois ou quatre ans avant d'afficher à nouveau des plus-values potentielles positives. Mais vous avez loupé l'aubaine, en ne réalisant pas ces plus-values en 2000 ou en 2001.

Comparons maintenant la stratégie pas vendu, pas perdu à ce que j'appellerai la stratégie un tiens vaut deux tu l'auras, qui consiste à préférer un rendement effectif modeste à un espoir de plus-value surfait. Sur le graphique suivant, la ligne rouge représente la progression d'un capital obtenu par la vente passablement tardive d'un portefeuille suivant scrupuleusement l'indice, et placé sagement à trois pour cent. Si vous trouvez que trois pour cent est un taux trop élevé pour un placement de père de famille, laissez-moi vous dire que vous êtes fort mal renseigné (probablement par le conseiller financier de votre agence). Néanmoins, si vous préférez diminuer l'inclinaison de la ligne rouge à deux pour cent, ou à n'importe quel taux qui vous paraisse plus crédible, cela ne changera guère notre raisonnement.

Comparaison du CAC40 entre 1998 et 2008 avec un placement à trois pour cent
Comparaison de deux stratégies d'investissement appliquées au CAC 40 de 1998 à 2008 : pas vendu, pas perdu et un tiens vaut deux tu l'auras

Ce qui doit sauter aux yeux, c'est que vendre à tout prix et se tourner vers un placement réputé moins rentable est une bien meilleure idée que de s'accrocher à ses illusions, en pleine dégringolade boursière. À tel point qu'on peut oublier de revenir en bourse à la reprise, et se trouver encore en position avantageuse au dessus du prochain sommet du marché. D'ailleurs, si notre investisseur poltron avait vendu encore plus tôt, aux alentours des 6500 points, son petit trois pour cent le placerait aujourd'hui à un niveau au moins équivalent à 7500 points. Il y a de quoi faire rêver plus d'un petit porteur déconfit.

J'entends murmurer deux remarques, là-bas, à abo-3531.neuilly.fai-discount.fr (ça fait plaisir, il y en a un qui suit). La première est que les actions détenues rapportent des dividendes — du moins les bonnes années — et qu'il faudrait donc compter ce gain supplémentaire en établissant notre bilan sur la comète. Certes, certes. Mais avouez qu'employer ses dividendes à compenser partiellement la chute des cours et l'évaporation de son capital n'est pas vraiment le projet, lorsqu'on place de l'argent en bourse (et nous avons charitablement négligé les droits de garde et les frais de courtage). La seconde remarque est que les trois pour cent de rendement sont grignotés par une inflation aux alentours de un et demi à deux pour cent (si l'on fait confiance aux statistiques nationales). Donc, notre investissement prudent et avantageux ne rend presque rien. Mais justement ! Si la stratégie du pas vendu, pas perdu ne parvient même pas à égaler les résultats d'un placement qui n'en produit pas, cela prouve amplement que pas vendu... c'est perdu. Ce qu'il fallait démontrer.

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi les graphiques des cours de bourse se liront désormais en plaçant le taux d'un placement sûr ou de l'inflation à l'horizontale, comme ceci :

Évolution du CAC40 entre 1998 et 2008 en perspective corrigée à trois pour cent
Évolution du CAC 40 de 1998 à 2008 en perspective corrigée à 3 %

Il existe une sorte de variation du pas vendu, pas perdu dont j'ignore le nom, mais qui mérite d'être décrite ici. Elle consiste non seulement à ne pas vendre les positions perdantes, mais de plus à les étoffer afin d'en abaisser le prix d'achat unitaire. Par exemple, nous achetons dix actions Ludion SA à 100 euros l'action, soit 1 000 euros au total. Le cours baisse de dix pour cent, nous possédons toujours dix actions mais pour une valeur totale de 900 euros (soit 100 euros de moins-value potentielle). Rageusement, nous rachetons cent actions Ludion SA à 90 euros l'action, soit un montant de 9 000 euros, qui viennent tenir compagnie aux dix actions déjà en portefeuille pour un total de 10 000 euros. Le prix unitaire de nos cent dix actions Ludion SA est de moins de 91 euros. Il suffit alors que le cours remonte d'un seul euro pour que nous revenions à l'équilibre. Nous avons ainsi modifié le prix d'achat unitaire moyen de la totalité de nos actions Ludion SA en portefeuille, mais cela ne change en rien le prix d'achat unitaire réel de nos dix premières actions. Si le cours de Ludion SA monte à 95 euros, nous nous flatterons de pouvoir réaliser une plus value de 450 euros, sans vouloir admettre que les dix actions achetées à 100 euros plombent notre gain par les 50 euros de moins-value qu'elles induisent (les cent actions achetées à 90 euros générant isolément 500 euros de plus-value). En diluant une première opération ratée dans une seconde opération réussie, nous ne gagnons pas un centime, nous nous offrons seulement l'illusion de pouvoir corriger après coup le prix d'achat. Verser de l'eau tiède dans de l'eau froide n'a jamais donné de l'eau bouillante.

J'admets volontiers que je ne suis pas un spécialiste de la bourse, des placements et de l'économie — ni de quoi que ce soit de sérieux en fait. Je me demande pourquoi Maurice, un jeune homme intelligent et autrement mieux instruit de ces choses, a pu sortir un truc qui me paraît — je m'excuse de la formulation brutale — digne du premier crétin venu. Peut-être y a-t-il des subtilités d'interprétation qui échappent à ma compréhension ramollie. Peut-être ai-je simplement mal entendu, quand Maurice en pleine mastication me disait : pas vendu, t'as perdu. À moins que Maurice ait un caractère plus facétieux qu'il ne le laisse voir et que, observant discrètement mon air ballot durant ses développements, il se soit dit : J'ai choisi un chouette métier. On peut leur raconter n'importe quoi, les pigeons gobent tout. •

Le banquier et la poule aux œufs d'or

Par Tancrède Bastié & Suppaiku
30 octobre 2008

Après avoir publié Pas vendu, pas perdu, mon premier mouvement a été d'envoyer un courriel à mon ami Suppaiku pour le prier de lire mes ratiocinations en diagonale et de me signaler la présence éventuelle d'une grosse bêtise. Mon second mouvement a été de me glisser sous la couette et de roupiller comme une enclume jusqu'au lundi matin. Pendant ce temps, Suppaiku, qui vit à l'autre bout des fuseaux horaires, écrivait un commentaire aussi long que le texte lui-même. C'est un ex-conseiller financier qui vous parle :

Bonjour Tancrède,

Ton papier fait sens : c'est en général comme ça que ça se passe...

Je vais quand même corriger, car ton ami ainsi que toi même ne prenez pas en compte ce que devrait être une bonne gestion de portefeuille boursier : la prévoyance et la diversification. Les conseillers financiers n'en parleront jamais car ils y perdraient droits d'entrée, de conservation et frais de gestions induits par les allers-retours de nos boursicoteurs du dimanche dont je rappelle que, comme ils ne m'ont jamais invité a sabler le champagne quand ça montait, je ne vois absolument pas pourquoi je devrais les plaindre quand ça baisse, heu... ça chute ! Moi, je ne place pas en bourse et je suis super heureux de ne pas avoir perdu quarante pour cent de ce que je pourrais avoir... Pas acheté, rien perdu !

Pour mettre de l'argent en bourse, en fait, il faut faire un bilan de sa situation. Quand on rembourse sa voiture (sept pour cent) et qu'on rembourse sa maison (cinq pour cent), si on a une promotion, une vraie augmentation de salaire, le mieux est d'abord de réduire son endettement en augmentant ses traites. Ça coûte un peu, mais ça rapporte les intérêts qu'on ne paiera pas. Premier gain. Maintenant, on veut donc placer pour plus tard, un projet, etc. Il faut donc se faire une représentation de sa vie, quels projets et pour quand. Et ne jamais oublier la voiture qui tombe en panne, la télé qu'il faut remplacer parce qu'elle ne marche plus, les anniversaires et les fêtes de fin d'année, l'hospitalisation surprise, etc.

Le premier placement, vital, sera donc le placement de l'urgence : le livret A, le CODEVI. Chacun rapporte un intérêt sans impôt ni CSG. C'est du trois pour cent (quatre et demi pour le CODEVI), pour de vrai. On en ouvrira un pour chacun dans la famille et on abondera celui des enfants avec la promesse (au minimum l'espoir) de ne jamais y toucher. Ce sera pour la fac, le premier studio, etc. Le livret des parents, c'est pour la voiture, la télé et l'hospitalisation, ou même le chômage ! C'est le fond d'urgence au moins protégé contre l'inflation et qui rapporte un peu... C'est Mitterrand qui a ré-indexé le livret sur l'inflation. Sous Giscard, il rapportait neuf quand les prix augmentaient de quatorze... No comment.

Par précaution, on ouvrira un PEA (plan d'épargne en actions) pour papa et maman et une assurance vie. Ce sont des enveloppes fiscales a échéance de cinq ans et, peu de gens le savent, il faut souvent une somme ridicule pour les ouvrir. Je reviendrai dessus pour dire pourquoi c'est une bonne idée de les ouvrir.

Quand on a un bon petit coussin de côté, on peut envisager une diversification. Et on revient à l'assurance vie. Il faut la prendre multi-support pour pouvoir y mettre un peu ce qu'on veut. La bonne répartition est soixante quinze pour cent en monétaire (ça rapporte en fonction des taux d'intérêts, bref, quasiment rien en ce moment) et vingt-cinq pour cent en obligataire simple (emprunts d'État, emprunts d'entreprises...). Comme tout y est investi sous forme de SICAV, on n'est pas touché par les faillites (une SICAV est, en gros, un fond géré par une filiale de votre banque dont le capital correspond au total des sommes investies au départ et dont vous achetez des parts, les SICAV — ou Fond Commun de Placement, FCP). Vous aurez ainsi une assurance vie qui rapportera entre trois et cinq pour cent (en ce moment) quand les taux d'intérêts sont à trois pour cent, la part obligataire dopant le taux avec un risque très minime. Abonder chaque trimestre en prenant sur votre CODEVI que lui, vous abondez régulièrement.

Quand vous vous y sentez prêt, parce que vous avez de l'argent à la fin du mois, à ce moment là seulement, vous pouvez envisager d'en mettre un peu en actions. Et c'est là que votre PEA entre en scène. Le PEA est une enveloppe fiscale. Tout profit fait dans le cadre du PEA n'est pas imposé si vous le conservez au moins cinq ans. Mieux, après huit ans, vous pouvez y mettre de l'argent ou en retirer sans le casser (avant ce délai, vous ne pouvez qu'en mettre). Par ailleurs, de nombreuses banques vous proposent des transformations de PEA en rente, en assurance, etc., après huit ans : il ne faut pas hésiter à les mettre en concurrence car elles peuvent vous concéder les frais de transformation. L'argent ne rapporte qu'aux riches... Bref, le plus tôt on l'ouvre, le mieux c'est pour les fameux huit ans. On peut ainsi en ouvrir un, mettre une seule SICAV dedans et le compteur commence. Bien sûr, une SICAV de votre banque, car vous n'aurez pas de frais de conservation ! Si elle veux vous en imposer, pensez a Cortal Consors, c'est gratuit (et sur le net).

Vous avez votre PEA (contenu à soixante pour cent d'actions françaises minimum et européennes quarante pour cent maximum) et vous ouvrez un compte-titre. Maintenant, vous pouvez acheter des titres et les y mettre. Une règle : la part investie en bourse ne devrait jamais dépasser vingt-cinq pour cent de l'épargne totale. Je le répète, il faut penser au chômage, à la voiture, à l'hospitalisation surprise...

Car le vrai problème de la bourse, et c'est dans ce contexte que ton ami a raison, c'est que la bourse est un investissement dans la durée et donc, on ne perd pas tant qu'on ne vend pas. Et comme tu le constates justement, il faut parfois une sacrée patience...

Le mieux, et c'est ce que je conseillais quand c'était mon métier, c'est les SICAV. Je me rappelle mes clients, qui se prenaient pour Rockfeller, les SICAV, ça les emballaient pas... Mais à moins d'avoir le temps de suivre ça minute par minute, la SICAV, c'est bien. On peut prendre une CAC 40 ou une SMALCAP France, ou une New Techno, etc., tout ce qu'on veut. L'équipe de gestion essaie d'obtenir au moins la performance du taux de référence. J'ai vu des SICAV CAC 40 faire cinq pour cent de plus que le CAC (le Lyonnais Asset Management a eu les meilleures équipes de gestion dans la seconde moitié des années 1990 ; ah ! CLAM France 40...), et il y en a qui réussissent à moins baisser que l'indice (et encore France 40... nostalgie !).

Si vraiment on considère l'assurance vie sur du long terme, on peut diversifier, mais uniquement à ce stade, quand les CODEVI, livrets, etc., sont bondés. Règle : cinquante pour cent monétaire, vingt-cinq pour cent obligataire, vingt-cinq pour cent SICAV actions.

En fait, le but, c'est : s'il y a un gros pépin, on casse les livrets, et s'il y en a un autre, on casse les assurances. Et ainsi on ne touche pas aux actions, sauf, bien sûr, si c'est le bon moment.

Maintenant, un petit point fiscal. PEA et assurance libèrent de l'impôt sur les plus-values après cinq ans (pas de la CSG). Si la bourse baisse, on peut choisir de tout vendre et de tout racheter. Le but : déduire ses moins-values de ses impôts ! Ce n'est pas valable dans le PEA (sauf si on le casse). Il y a bien sur des produits de protections, put (option a la baisse dont la valeur augmente proportionnellement à la baisse) et call (idem à la hausse), warrant (option sur un objectif a durée limitée, par exemple CAC 40 2800 05 novembre 2008 ou CAC 40 6500 30 octobre 2008), dont la valeur évolue exponentiellement avec l'objectif — j'ai inventé ces deux là pour l'exemple, mais je suis sûr que le deuxième a dû se balader quelque part... Ces produits de protections sont souvent utilisés à de pures fins de spéculation. Mais dans un portefeuille titres, si on est fortement exposé à un risque de baisse, des calls permettent de pondérer. Mais là encore, il faut leur appliquer la même règle que pour le reste : il faut les acheter quand ça vaut rien... Si j'achetais aujourd'hui, je prendrais quand même quelques put baissiers (peut-être un peu cher encore mais comme tout le monde pense que ça va monter...), mais si je pariais vraiment sur une hausse à un moment donné, j'achèterais un call improbable (style CAC 40 4000 janvier 2009), dont personne ne voudrait (donc peu chers). Qui sait, si le CAC montait a 3600, on se l'arracherait, le call... et là j'achèterais un put (peu cher à ce moment là) à la place pour protéger mes titres en empochant le bénéfice du call quand le CAC a monté. C'est schématique, bien sûr, mais cela donne une idée de la mécanique de gestion d'un portefeuille d'actions gagnant. Et voilà pourquoi j'ai toujours conseillé les SICAV...

Maintenant, qu'acheter ? Je ne sais pas. Si je le savais, je serais dans une villa construite au XVIe siècle, entre Kyōto et Nara, et je dicterais le contenu de cet épuisant énoncé à l'un de mes assistants. Tout conseiller qui connaît un truc qui rapporte est un voleur, un menteur et un escroc. Un conseil, il faut refuser tous les placements à taux garanti à échéance, comme ceux que propose la Poste. On retrouve au mieux ce qu'on a investi (ça fait peu) et entre les deux le placement fluctue dans tous les sens, donc on ne peut pas s'en retirer facilement en cas de baisse.

Si je ne sais pas quoi acheter, j'ai toujours eu le flair sur quand. Ton ami a beaucoup étudié, a-t-il du flair ? On vend au son du canon. Bref, quand tout le monde dit qu'il faut acheter, il faut vendre. Moi, en ce moment, je n'acheterais pas. On arrive vers un point d'équilibre, mais mon problème est que je n'ai pas eu un seul élément encore qui me confirme dans l'idée d'une stabilisation en cours. Je ne vois que la forte baisse du prix du pétrole. Mais en fait, avant la victoire d'Obama et les premières rumeurs sur son plan de stabilisation et de stimulation de l'économie, ça ne se stabilisera pas. Et le rebond va mettre un certain temps, car pour l'alimenter, il faudra que les perspectives de bénéfices (les dividendes) s'améliorent. En revanche, je suis persuadé que quand ça s'améliorera, ça ira assez vite avant d'atteindre un palier. Pour le CAC, vers 4500. Et puis ça hésitera, etc. Oui, on peut commencer à acheter (si on a un livret, maximum vingt-cinq pour cent de l'épargne), avec un risque de baisse encore, mais assez limité, désormais (disons CAC à 2500). Mais il n'y a pas urgence. Étoffer son livret A, son CODEVI, son plan d'épargne logement (pour profiter des bonnes affaires à venir, elles, très rapidement, dans l'immobilier), rembourser ses crédits et profiter des soldes qui s'annoncent grandioses dans l'année qui vient, ça me semble bien mieux.

Cela étant, on entre dans la période d'achat en bourse. Car elle est basse, et pour certaines sociétés la valorisation frôle le ridicule (enfin... si la récession n'est pas trop forte). A 4500, il faudra arbitrer, c'est a dire changer le contenu du portefeuille. En ce moment, les actions de banque, c'est risqué, mais quand le CAC dépassera les 4000 points et la croissance autour de un à deux pour cent, les banques seront toujours sous évaluées puisque qu'elles seront seulement convalescentes. Ce sera le moment d'acheter. Quand la croissance dépassera deux à deux et demi pour cent, il faudra acheter du Carrefour car les gens recommenceront à consommer. Pour l'automobile, il faudra avantager l'achat de titres des entreprises qui auront développé de nouveaux modèles hybrides ou électriques. Ce n'est qu'une vague idée.

Il faudra commencer à vendre quand on entendra les gens autour de nous, les journaux, dire que la bourse, finalement, ce n'est pas si mal. C'est le fameux son du canon. Avec les plus-values, rembourser la voiture ou la maison pour en économiser les intérêts. Ou bien acheter son premier appartement, car c'est dans l'immobilier qu'il y aura de bonnes affaires. La bourse bien haute, la croissance forte revenue, les taux d'intérêt seront au plus haut, quatre ou cinq pour cent, les obligations a cinq ou six pour cent. On arbitrera dans son assurance en faveur d'obligations et de monétaire, cinquante-cinquante. On gardera les PEA et quelques actions en sachant que ça peut baisser. Mais le mieux sera alors de se débarrasser de tout en attendant la correction. En ce moment, il y a trop de gens qui invitent à acheter alors que de nombreuses banques, à cours de liquidité, vendent leurs positions. Ce n'est pas vraiment le moment, on entend encore quelques canons...

Voilà, cher Tancrède, de vrais conseils pour mettre de l'argent en bourse et en gagner. Moi, je suis contre la bourse comme système de régulation, comme elle l'est redevenue ces vingt dernières années. Je ne place pas. Mais mes conseils sont les conseils que je donnais à mes clients quand j'étais conseiller financier. Je n'ai jamais conseillé la forte exposition en bourse et toujours préféré les SICAV pour ceux qui voulaient les performances de la bourse.

Tes doutes et tes questions, ainsi que ton échelle corrigée de l'inflation sont les bonnes questions que chacun devrait se poser. Hélas, les gens préfèrent la poule aux œufs d'or, quitte à ne pas avoir d'œufs du tout, à la vérité simple : dans le capitalisme, pour que certains gagnent, il faut que la grande masse perde. Combien de gens qui ont eu une vie honnête, simples salariés de l'automobile, de l'électronique ou de l'habillement et de la construction vont perdre leur travail parce que la bourse finance la spéculation et non l'économie ? C'est immoral.

À bientôt,
Suppaiku

Post-scriptum :

4. Le droit de percevoir les dividendes de l'exercice comptable écoulé.

Si tu veux la publier, bien sûr, tu peux. Ce sont des choses que j'ai apprises quand je suis devenu conseiller financier, et puis que j'ai enrichies par la suite. En fait, il y a peu de conseillers qui conseillent comme ça parce qu'il n'y a pas de commission sur les livrets et les CODEVI. Ensuite, mes conseils inclinent à la stabilité du portefeuille (je préfère les SICAV) et parce que je considère que le côté actions, bourse ne devrait pas excéder vingt-cinq pour cent, surtout pour les petits épargnants, juste pour ne pas être plombé en cas de coup dur. Mes conseils boursiers sont enfin basés sur le son du canon, qui veut que c'est quand la bourse est basse et qu'on n'en entend pas parler qu'elle est intéressante, mais toujours avec l'idée qu'il faudra vendre après une période de hausse raisonnable, c'est à dire décidée à l'avance. Ainsi, je pense que 4500 est la première limite à ne pas dépasser, c'est a dire qu'en achetant en ce moment, par exemple, à 4300-4400, il sera temps de vendre. Ça fera quand même cinquante pour cent de plus value... J'ai oublié de dire, mais il faut vendre à partir de mai : le coupon4 se détache en avril en effet, en général. Et acheter en mai c'est un bon plan aussi, dans certaines sociétés : l'action n'a plus son coupon mais on peut assister à l'assemblée générale. Pour Louis Vuitton, on aura des échantillons de parfum et un super buffet en cadeau... Après, on peut revendre !

Il y aurait beaucoup de choses a dire, bien sûr... Mais j'ai tâché d'éclairer tes doutes concernant le pas vendu, pas perdu qui est vrai, mais qui est aussi la vraie morale du couillon dans l'affaire : on lui vend à 6000 et on lui assène quand c'est à 3000 que tant qu'il n'a pas vendu, etc.

Pendant que nous échangions des courriels entre Paris et Tōkyō, un drame se nouait : Pas vendu, pas perdu apparaissait dans les colonnes du portail Rezo, dont l'aura prescriptive engendre immanquablement un afflux massif de visiteurs. On m'avait déjà fait le coup il y a deux mois, je suis donc définitivement repéré... Adieu, paisible anonymat du grimaud solitaire ! Au revoir à jamais, irresponsabilité douillette de l'obscure écrivassier bombardant de ses pensées profondes son seul entourage ennuyé ! Autrefois, je pouvais glisser sur un contresens inopiné, orthographier au petit bonheur la chance, ou casser quelque chose dans la mécanique du site sans dérouter plus qu'une poignée de visiteurs de hasard et quelques araignées de recherche impavides. Et maintenant, quoi ? Va-t-il falloir que je fasse attention à ce que j'écris ?

Un jour, peut-être, viendra la consécration suprême de l'auteur de site : être traîné devant les tribunaux par quelque puissant personnage courroucé. Il est grand temps que je commence à suivre les conseils de Suppaiku : mettre des SICAV au son du canon dans l'assurance vie de mon livret à moteur hybride, et espérer que, le moment venu, cela suffise à couvrir les honoraires de l'avocat •